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Littérature

ÉLOGE DES EAUX MURMURANTES

Michel DIAZ

Illustrations de Lionel BALARD

Cet « Éloge des eaux murmurantes », aux images évocatrices, est une véritable invitation à un voyage onirique, dont on ne sait où il nous mènera…Nous confions, alors, notre périple en pays poétique à Michel Diaz, poète habité par un chant de longue haleine. Lionel Balard, artiste plasticien et graveur, prête sa plume différemment, à ce très bel ouvrage avec la création de xylogravures, illustrant de façon magistrale ce livre d’art. Cette complémentarité est à l’égal de celle entretenue, de la première à la dernière page, avec la Nature. Le voyageur se laisse happer « dans l’évasement de son souffle, vers cet inconnu qui l’attend, la trajectoire du poème »…

Dans le friselis de l’onde et le suintement des pierres aux lèvres humides, l’eau serpente, ruisselle aveuglément. Elle s’abandonne, alanguie, caressant le velours moussu, comme des larmes sur les joues d’un enfant « eau restreinte qui suit son tracé reptilien ». L’eau porte en elle un flux de mots invisibles, lien secret au cœur de l’élément liquide, élixir de toute vie « parole imprononçable encore mais constante » de « ce qui nous est plus intime, et que nul ne saurait nommer ». Aux entrailles des rivières, dans le limon fertile, naissent au fil de l’eau, les perles d’un temps suspendu et fragile, battements furtifs…en un ballet aquatique impérieux, des herbes éprises d’une liberté farouche dansent au gré d’un courant capricieux. Mais, dans les méandres, s’accroche la mémoire…c’est là, au creux des « échos sourds de l’eau » que murmurent les « voix disparues ».

La fugacité des reflets changeants, qui s’offre à nos regards vient troubler nos certitudes et aiguiser nos sens endoloris comme une respiration à deux temps entre hier et demain, abandon et conscience, pénombre et lumière, silence et cri « souffle des mots sur la peau palpitante de la lumière ». Dans le long cheminement du poème, la métamorphose s’accomplit « glissement d’une navigation très lente dans les veines ». Les écailles des heures apprivoisent patiemment les eaux troublées de l’enfance « Le temps se réinvente ». Chaque seconde porte en elle l’éternité, là où les lendemains chantent en quête de clarté « à travers l’âpreté des jours et l’improvisation de son tracé, creusé d’orages et de pluies ».

Lorsque tout se tait, que la blessure s’apaise, seul, émergeant du silence, s’élève un chuchotis, ce chant incantatoire qui chavire la pensée nomade « Territoire de solitude » « ce lieu d’incertitude où germe le poème » !

Éditions LA SIMARRE

JOUÉ-LÈS-TOURS

Marie-Christine GUIDON

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LE NAIN DE WHITECHAPEL

Cyril ANTON

Éditions du Sonneur

Ce récit surréaliste d’une originalité déconcertante et d’un réalisme criant dévoile un personnage atypique, « le nain de Whitechapel ». Avec l’incipit « Les hommes sont les ombres dans lesquelles ils tombent », Cyril Anton nous entraîne dans un voyage qui n’est pas sans rappeler « Le voyageur et son ombre » de Nietzsche.

Oscar Swinburne voit le jour dans une famille bourgeoise de la fin du XIXe siècle, précédé d’une heure par son frère jumeau Vincent… mais Oscar est atteint de nanisme alors que son frère répond aux standards de la normalité. La grandeur d’une âme ne vaudrait-elle pas celle d’un corps, fût-il parfait ?

Complicité et malice unissent les deux garçons qui sèment la zizanie parmi leurs professeurs : escrime, équitation, piano classique... Oscar, objet de honte pour ses parents en raison de sa différence, devient, jour après jour, leur souffre-douleur. Et « comme s’il avait le pressentiment qu’un drame allait survenir dans sa famille », après des années d’humiliations et tant de talents innés devenus peu à peu sans importance, il est abandonné aux affres de la solitude, littéralement jeté aux chiens dans le Londres glauque de cette époque, où règnent violence et misère « autant dire nulle part, en bord de mort, sur les quais du grand Peut-Être ».

Le chagrin est un habit dont on ne se défait pas si facilement !

En proie à l’incertitude, il est finalement acheté et recueilli par Freddy… un vieil homme noir avec « la musique dans la peau » qui répare d’anciens pianos et dont l’instrument de prédilection le « Lisa » ne vibre plus de la même façon depuis la mort tragique de sa compagne. Il affuble Oscar de surnoms tels que Half-Pint, Little Lord, ou encore, Demi-portion. Voyant des dispositions chez sa jeune recrue, il lui fait découvrir autre chose que la musique classique : le Jazz et la « blue note », « le truc bleu du vieux noir ! ». La note bleue, irisation sonore, cristallise les « Blue devils », idées noires nimbées de nostalgie qui se posent sur la portée des jours, délivrant un supplément d’âme et d’expressivité à l’histoire de ce clochard céleste, surgi des bas-fonds, au son peut-être, de « Born to be blue » de Chet Baker, version piano… « Les notes sont des oiseaux qui volent dans le lointain et gomment nos lointaines souffrances ».

Un terrible gang « Tabula Rasa » sévit à Whitechapel et traque la communauté des gens différents, considérés comme des rebuts de la société, « tout le peuple de l’ombre » : les handicapés, les homosexuels, les prostituées, les noirs, les juifs… Un soir, Oscar retrouve Freddy sauvagement assassiné par le gang exterminateur. Mais, « son nanisme lui avait inculqué une hauteur de vue et une maturité peu commune ». C’est alors qu’il met au point « une colossale boule à neige » semblable à celle qu’il tenait dans ses mains, enfant. Cette bulle protectrice, où solidarité et joyeux désordre font partie intégrante du décor, est destinée à protéger le quartier et ses habitants du fléau sanguinaire qui menace. La rage au cœur ne connaît aucun répit et c’est ainsi que s’exprime le lyrisme flamboyant d’un écorché vif ! Sans fards, la lucidité nous éclate au visage. Oscar devenu Octave Dièse ne compte plus les bémols de sa triste existence « Son regard en disait long sur sa solitude ». Sur la tablature de sa destinée s’inscrivent à la fois l’indignation, la résignation, mais aussi, tant de dignité et de résilience. Dans le prolongement des blessures, les cicatrices et qui sait… la guérison ! « Lève-toi et mange » remémore, en contrepoint, le verset biblique « Lève-toi et marche ! ». Il suffit parfois d’un être pour illuminer l’obscurité « la fine dentelle du sourire de Rose suffit bientôt à éclipser tous ses cauchemars ».

La plume erratique de l’auteur nous fait pénétrer son univers singulier et son imaginaire foisonnant… Oscar, Octave : sensation troublante de flotter entre deux « O »… là, le monde s’étale en flaques qui viennent éclabousser le lecteur. La question se pose : Cyril Anton ferait-il usage, à l’instar de Fernando Pessoa de la création d’hétéronymes pour se raconter en disséminant de façon subliminale à travers ses personnages, quelques pièces de son propre puzzle ? Est-t-il  utile d’ajouter que dans les yeux d’un auteur aussi (clair) voyant, les temporalités se fondent… hier et aujourd’hui enlacés !

Entre les lignes, tatouées de noirceur, où se mêlent rebondissements et révélations à un rythme soutenu, on se trouve face à un référentiel culturel allusif impressionnant. Profondeur et subtilité sont conjuguées à toutes les saisons de ce récit, une véritable composition synesthésique. À la lecture de ce premier opus de Cyril Anton, on ne peut faire abstraction de quelques réminiscences cinématographiques : Freaks de Tod Browning (1932), Elephant Man de David Lynch (1980) ou Sweeney Todd de Tim Burton (2007), même s’il en existe bien d’autres.

Le pathos, pour ceux qui l’attendaient, réduit en flocons de neige, n’entre pas dans la partition… jamais. « Ce qui nous pousse au moment où nous nous croyons perdus, c’est ce que nous sommes »… Cet ouvrage, aux accents spéculaires, expose nos consciences aux impacts de réalités dévastatrices… une poésie du désespoir, une beauté nue, à saisir !

Marie-Christine GUIDON

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UNE ROSE SEULE

De Muriel BARBERY

L’exubérance végétale dépeinte au fil des pages plante le décor de ce roman descriptif en composant une véritable estampe. Le récit est ponctué de petits contes porteurs de valeurs ancestrales.

Rose, quarante ans, botaniste, a entrepris pour la première fois un voyage au Japon, à Kyōto, plus précisément « elle était venue entendre le testament d’un père qu’elle n’avait jamais connu ». Mais elle peine à comprendre les intentions de son père défunt. En proie à une colère à peine contenue, elle se retrouve chez celui, qui, lui dit-on, était marchand d’art contemporain,  Japonais d’origine. Elle est guidée par Paul, assistant de ce dernier, qu’elle interpelle « qu’est-ce que l’absence et la mort peuvent donner ? De l’argent ? Des excuses ? ». Jusque là « le vide gangrénait sa vie de la même façon qu’il l’avait engendrée » « comme on perd un mouchoir, elle avait perdu sa disposition au bonheur ».

Entre traditions et modernité, Rose apprivoise peu à peu les jardins Zen (ikebana) « leur pureté aiguisée de douleur, la manière qu’ils avaient de ressusciter les sensations de l’enfance ». Paul, veuf et très secret l’accompagne dans ses découvertes. Dans ce tableau où la poésie mouvante se conjugue aux images, tout semble presque figé, intemporel et de cette lenteur naît la précision d’une calligraphie inspirée par les fleurs « nous marchons en ce monde / sur le toit de l’enfer / en regardant les fleurs ». Rose se révèle à elle-même, ceinte d’une obi de quiétude, d’une forme de légèreté inhabituelle. Elle tente de dissoudre la réalité dans l’ensō, ellipse de sable ratissé, symbole de la vacuité et de l’achèvement dans le bouddhisme zen « Le monde s’était réfugié dans ce pan de sable et de cercle ». Son cheminement épouse le rythme de la nature « La vie n’est peut-être qu’un tableau qu’on contemple derrière un arbre ».

Pivoines blanches, hostas, brassées d’œillets rouge sang, azalées, magnolias engendrent une atmosphère lénifiante propice à la méditation et finalement à la métamorphose.

Entre temples, érables et bambous se dessine « un frémissement d’espérance » et avec lui l’éclosion d’un amour naissant et d’un possible futur.

Loin de toute pression médiatique, Muriel Barbery, nous ouvre la porte de la culture nippone qu’elle connaît bien pour avoir vécu au Japon et elle nous offre dans son bouquet final…une Rose épanouie !

Éditions ACTES SUD

Place Nina-Berberova

Le Méjan

13200 ARLES

                                                         Marie-Christine GUIDON

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LA PATIENCE DES TRACES

de Jeanne BENAMEUR

Éditions Actes Sud

Un bol cassé : il suffisait de cette brèche dans le quotidien pour que Simon, psychanalyste, passe de l’écoute des autres à un parcours initiatique qui le conduit à faire le point sur sa propre vie. Lui, qui a consacré son temps à réparer les âmes brisées, va partir pour le Japon et plus précisément dans les îles subtropicales Yaeyama. Là, il sera hébergé dans une maison d’hôtes, par un couple bienveillant, Akiko et Dasuke. « la langue inconnue lui fait un abri » « Comprendre ou ne pas comprendre, cela n’a plus aucune importance ». Il lui faut chasser « la réflexion analytique, une seconde nature encombrante ».

Simon va fouiller dans son silence pour tenter d’entendre sa propre musique ; il va se libérer peu à peu de la gangue de ses regrets et en alléger le poids. Oser regarder avec lucidité les blessures du passé, les failles de l’intime pour trouver la force d’avancer, à l’image de la technique ancestrale japonaise du kintsugi (kin « or » et tsugi « jointure ») qui consiste à réparer les céramiques abîmées sans masquer leurs fêlures mais, au contraire, en les sublimant « c’est la nouvelle vie qui commence ». Il s’agit d’un cheminement vers une liberté intérieure, la bascule d’une trajectoire, instant essentiel soumis au hasard…une sorte de révélation mais « Pour la délivrance il faut toujours payer le prix ».

Dans l’économie de mots, la capacité d’écoute, une attention extrême, Simon se débarrasse de l’inutile comme on quitte un vêtement devenu trop petit. Dans cet univers totalement inconnu, il fait « peau neuve » au propre comme au figuré « Il faut juste laisser les vieilles mues tomber ». Pourtant, tout au long du récit, le cas irrésolu de Lucie F. devient pesant, voire obsessionnel et résonne à ses yeux comme un échec.

« La patience des traces », au titre évocateur, est un roman d’apprentissage lentement tissé, un peu comme ces anciens tissus Bingata japonais. Une fois encore, Jeanne Benameur nous accompagne dans une quête de l’essentiel avec ce récit profond et poétique où les rencontres conjuguées aux traditions sont déterminantes et agissent comme de véritables révélateurs. Comme l’auteure se plaît à le dire « on a toujours l’espérance quand on écrit de pouvoir éclairer aussi un peu, un temps, des vies qui cherchent à travers la lecture, quelque chose »  « la psychanalyse et la poésie, c’est proche, non ? ».

Éditions ACTES SUD

60-62, avenue de saxe

75015 PARIS

                                                         Marie-Christine GUIDON

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LE PARFUM DES FLEURS LA NUIT

De Leïla SLIMANI

Éditions Stock

Leïla Slimani nous entraîne dans une balade introspective nocturne au Musée d’art contemporain de la Punta della Dogana, monument mythique de Venise. L’ancienne Douane de mer donnant sur la lagune « ressemble à un bateau brise-glace, avec sa proue pointue / On dirait que le bâtiment va se mettre à glisser sur l’eau ». Son récit, où se mêlent souvenirs d’enfance et rêveries, est court mais dense. Elle va vivre l’expérience de la claustration « Je m’apprête à être enfermée / pour une fois je n’ai pas peur / Moi, c’est le dehors qui me fait peur ». Pour autant, elle ne se sent pas impliquée dans cet univers qui lui semble sibyllin « Les musées continuent de m’apparaître comme des lieux écrasants, des forteresses / où je me sens toute petite / un espace élitiste dont je n’ai toujours pas saisi les codes ». Portée par la magie de la nuit, l’insomnie et le silence, elle se laisse envahir peu à peu par l’émotion que lui inspirent les œuvres qui l’entourent. Elle nous livre son regard sur « les œuvres dites conceptuelles ». Les références littéraires et artistiques nombreuses dans l’ouvrage viennent subtilement étayer le propos de l’auteure. La poétesse et peintre libanaise, Etel Adnan, est très présente dans cette exposition intitulée « Luogo e Segni » (Lieu et signes).

Au détour d’une nuit blanche où règne l’incertitude, nous pénétrons l’intimité de Leïla Slimani qui privilégie la solitude au mouvement perpétuel. Dans cette bulle hors du temps, réminiscences et réflexions révèlent une part de nostalgie qui ramène immanquablement l’auteure à la figure vénérée de son père, injustement condamné et emprisonné. Le rideau s’ouvre sur son parcours de femme et d’écrivain mais aussi sur les plaies ouvertes. Elle fait parler les silences et les mots donnent corps aux fantômes. Nous nous laissons porter au gré de ses marées intérieures entre passé et présent, Orient et Occident, mirages et réalité. Paradoxalement, l’enfermement, loin du bouillonnement du monde, devient une source d’évasion. L’écriture détient ce potentiel émancipateur de libérer des peurs, des fantasmes et de l’ennui.

« Écrire c’est découvrir la liberté de s’inventer soi-même et d’inventer le monde ». S’épanouir loin du tumulte extérieur comme ces fleurs de datura qui ne s’ouvrent que la nuit et exhalent leur parfum puissant à l’abri des regards. Se laisser bercer par les vagues olfactives du galant de nuit, appelé aussi « mesk el arabi », arbre évocateur de l’enfance à Rabat au Maroc.

En déambulant, pieds nus dans ce lieu désert, chargé de mystère, Leïla Slimani tisse l’imaginaire et le réel et nous livre un ouvrage empreint de poésie aux allures de viatique. Cet hymne à la liberté et à la création est une sorte de miroir où bon nombre d’entre nous pourront se retrouver, un livre bouleversant, profond et sensible à l’image de son auteure.

Éditions STOCK

21, rue du Montparnasse

75006 PARIS

                                                         Marie-Christine GUIDON

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L’ENFANT THÉRAPEUTE

DE SAMUEL DOCK

Éditions Plon

Dans « l’enfant thérapeute », un témoignage absolument poignant, Samuel Dock nous fait don de sa propre histoire, un coup de cœur qui mérite une place hors norme tant il ressemble à un tsunami. Pour pouvoir faire le deuil de son enfance, il doit avant tout faire celui de l’enfance de sa mère, Béatrice, qui a vécu sévices, privations et humiliation par le passé. Cet ouvrage est un rude face à face avec une implacable réalité qui, souvent, est de l’ordre de l’insoutenable. Samuel nous livre les éléments qui composent sa vie et, autant dire que les mots dérangent, interrogent. Nous sommes à ses côtés dans une attente viscérale de la vérité et ce, au prix d’un déchirement intérieur d’une grande violence.

À l’adolescence, il est confronté à l’abandon du père, l’anorexie de sa sœur et les dérives qui entraînent celle-ci dans des paradis artificiels, monopolisant alors toute l’énergie d’une mère tourmentée et totalement dépassée, ce qui rompt les liens familiaux déjà fragiles « il me semble que je vais me casser en deux » « il y a trop de poids sur mes épaules, le poids des choses anciennes ». Prisonnier d’une cage de solitude, en proie à la dépression, Samuel affronte de multiples déceptions en se confiant à ses carnets, témoins silencieux de son mal-être, jour après jour « infernal cordon ombilical de douleur et de mort, il me faut le couper ». Il parvient à s’extraire de cet univers où il est devenu invisible « La misère véritable, ce n’est jamais la pauvreté, c’est celle d’un cœur désert ». Encore faut-il pouvoir couper les ponts pour pouvoir survivre !

Adulte, devenu psychothérapeute, il donne de la voix pour que les victimes de maltraitance soient entendues, tout particulièrement les enfants. Il mène une quête éperdue pour que la dignité et l’humanité ne soient plus seulement des mots. Il accompagne « des gamins cassés, brisés par leurs familles ».

Alors qu’il s’est éloigné de la sienne pour se reconstruire, Samuel découvre le passé de sa mère dans le journal qu’elle a tenu à lui adresser. Ce douloureux récit a pour but de mettre enfin des mots, sans retenue sur tant de non-dits et faire parler sans tabous les fantômes du passé. À l’âge de cinq ans, Béatrice, sa mère, est confiée à la DDASS, couverte de morsures et affamée. Placée dans un institut religieux, la fillette meurtrie retrouve peu à peu des repères, découvre le sens du mot bienveillance et peut à nouveau se réapproprier celui d’espoir. Mais la maltraitance laisse inévitablement ses stigmates.

Il faudra des années de souffrance et de questionnement entre la mère et le fils pour réapprendre à se parler, tenter de concilier passé et futur, peser les mots. Mais peut-on vraiment rattraper le temps perdu « tout ne peut pas être guéri, tout ne peut pas être pardonné ». C’est bien notre enfance qui détermine l’adulte que nous allons devenir. Endosser le rôle de l’enfant thérapeute, relève de l’impossible et cependant, Samuel Dock ne cesse de s’y employer, secondé par son âme sœur, la personne qui partage sa vie et lui apporte un soutien indéfectible.

Samuel Dock, l’homme qui murmure à l’oreille de l’enfant en chacun de nous, vient de sa plume généreuse baignée dans l’encre vive, déloger nos doutes et recoudre toutes les parties d’un puzzle que l’on croyait éparpillées à jamais « Les mots, l’écoute, au bon moment, ils peuvent sauver » !

Contact : Éditions Plon

 92, avenue de France

75013 PARIS

                                              Marie-Christine GUIDON

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UNE MÈRE

LE CRI RETENU

de Pierre PERRIN

Ce livre, paru tout d’abord en 2001, vient d’être réédité en 2022 et nous offre l’opportunité de faire un voyage introspectif avec Pierre Perrin, poète, romancier et critique littéraire.

L’auteur vient chercher sur la rugosité de la page blanche une terre d’asile pour accueillir sa douleur incommensurable et réponses aux questions suspendues dans les méandres du temps, là où le mutisme maternel prend ses aises. « je reste le cœur dévoré d’incertitudes ». La mère disparue et pourtant si présente, occupe tout l’espace, d’un silence pesant. Au fil des pages, Pierre Perrin va gratter du bout des doigts, à s’en écorcher, la terre natale pour exhumer un souffle de vie car « Le voile de l’oubli pèse plus qu’un linceul »…« au-delà des dahlias hauts comme des flammes », il faut écarter tout ce qui peut brûler la moindre parcelle d’espérance.

Emprunter le chemin à l’envers et retrouver le « chien trop aimé », devenu complice de jeu, cet animal, frère de misère, abattu d’un coup de hache, ce qui assènera un traumatisme irréversible à l’enfant de dix ans « puisqu’il faut compter les dépenses au centime près ». Se demander si l’embrasement des étés de l’adolescence permet d’apaiser les incandescences qui vous réduisent en cendres si vous n’y prenez garde. D’une lucidité criante, l’interrogation surgit : le temps nous réduit-il à l’impuissance des regrets « Le temps, c’est Attila – au galop et au repos ».

L’éveil se fraie un chemin de hasard dans les labyrinthes d’un parcours parfois chaotique et notre approche s’en trouve chahutée. D’un bois tendre, il faut tenter, bon gré, mal gré d’accepter les blessures gravées sur l’écorce de notre vie « Maman permets-moi de te comprendre, par-delà ta mort ». La vie rude et laborieuse du monde rural ne laisse pas de place aux élans de tendresse maternelle. Dans sa quête éperdue, l’auteur ébauche inlassablement des étreintes qui se dérobent, mirages de papier, « La vie se passe à appeler un bonheur qui recule à mesure qu’on l’approche ». Il fouille la cicatrice de son enfance, restée béante, pour recoudre avec les fils du passé et du présent, ce qui peut être « réparé » « Du plus loin que je me souvienne, j’attendais d’être aimé ».

Avec ce « cri retenu », Pierre Perrin nous fait pénétrer son intimité et ses déchirements aux accents de confession. Même si « la littérature…ne peut rien contre la mort » «  l’amour est presque aussi fort que la mort ». La virtuosité du verbe, telle une corde tendue, confère une valeur holistique à cet ouvrage bouleversant qui vient bousculer les certitudes les plus « encrées ».

 

Contact : Le Cherche midi Éditeur

92, avenue de France

75013 PARIS

                                              Marie-Christine GUIDON

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